La gouvernance environnementale à Gabès et Bizerte : expériences croisées avec Quentin Peignaux

Nous arrivons à la fin du PGE-Gabès dont les activités ont démarré début en 2015. Quel bilan peut-on déjà en tirer en matière de mobilisation locale, de gouvernance environnementale et d’amélioration concrète de l’environnement des habitants de Gabès ?

Quentin Peignaux[i] : Le bilan est globalement positif ! Un important travail de mobilisation et d’accompagnement des associations a été mené. Il s’agissait d’une part de sensibiliser des associations sur ce qu’elles pouvaient faire, notamment pour la prise de conscience sur les questions environnementales. D’autre part, le volet le plus important a été de les aider à travailler ensemble, avec les administrations et avec les collectivités locales pour inventer un projet partagé.

Nous avons réussi à provoquer cette collaboration en créant les conditions pour que les ONG travaillent ensemble. Les financements importants que nous avons mis à leur disposition les ont amenés à se regrouper, en particulier celles travaillant sur des thématiques proches. A contrario, là où nous avons voulu forcer les associations à collaborer en les amenant à créer la Chambre de concertation locale (CCL), nous avons rencontré beaucoup plus de difficultés, parce que ça n’allait pas de soi.

Pour le quotidien des Gabésiens, des choses ont été faites dans le cadre du PGE. Des projets ont, par exemple, permis de redonner vie aux oasis urbaines en remettant en culture des zones de friche et en améliorant les réseaux d’irrigation. Par ailleurs, la prise de conscience collective et l’éducation environnementale ont été initiées, même si c’est un processus qui prendra bien plus que les quatre ans de mise en œuvre du PGE. Mais, les outils existent et sont déployés : il y a par exemple des bibliothèques environnementales dans les écoles et de nouveaux parcs dans la ville.

En parallèle, des efforts ont été menés en matière d’information environnementale qui est indispensable à toute action. Sans informations partagées et vérifiées, on reste dans le fantasme, on sur-estime des problèmes pendant qu’on en minimise d’autres. C’est pourquoi deux études ont été menées sur l’impact de la pollution et l’observatoire de la qualité de l’air a été mis en place. C’est maintenant aux associations de poursuivre l’éducation et la sensibilisation du public pour changer les comportements.

Autre point important, qui était même à l’origine du projet, c’est la question de la responsabilité des entreprises dans la pollution et l’exploitation des ressources. Cela reste la pierre d’achoppement du projet, parce qu’il y a d’importants enjeux économiques pour une majorité d’entre elles. Il y a cependant eu des avancées : cinq entreprises de la région[ii] ont ainsi adhéré au Pacte mondial des Nations-Unies, qui est un engagement à adopter une attitude socialement responsable.

Comme le golfe de Gabès, le lac de Bizerte est victime d’une importante pollution. L’Union européenne y mène également un projet pour permettre sa dépollution.

La pollution du lac de Bizerte est un vieux problème. Une zone industrielle s’est développée autour d’une zone écologiquement sensible, qui constitue aussi un patrimoine et un atout touristique. Maintenant il faut réparer les dégâts en faisant évoluer l’industrie lourde qui s’y trouve : raffinerie, cimenterie, aciérie, etc. Autant de points communs avec Gabès.

Le projet, lancé en 2010, consiste d’abord en un financement vers les entreprises publiques pour la mise à niveau environnementale. Il y a également un appui pour le renforcement des infrastructures permettant la collecte et le traitement des eaux usées. Une dernière composante s’est ajoutée plus récemment pour le développement de la société civile et la sensibilisation des communautés, notamment des pêcheurs de Menzel Abderrahmane.

Des enseignements du PGE-Gabès pourraient-ils être appliqués à Bizerte ?

Les approches sont un peu différentes. À Gabès, l’appui à la société civile était important avec des projets de grande ampleur pour que leur impact montre la voie pour un développement durable. À Bizerte, comme la société civile est développée et moins concentrée sur les questions environnementales, les appuis seront de taille plus limitée et serviront principalement à la sensibilisation des communautés locales.

Le principal enseignement est que les choses ne changent pas sur la durée d’un projet : il faut viser beaucoup plus loin. Ensuite, on a appris qu’il faut avoir une démarche d’accompagnement du changement et ne pas essayer de le décréter. S’il doit y avoir un organe de concertation, la proposition devra venir de la société civile.

Dans tous les cas, le porteur de projet, qui est ici le ministère de l’Environnement, ne pourra pas se passer d’associer la société civile, les pêcheurs et le secteur privé, s’il veut atteindre l’objectif d’améliorer l’environnement de la zone.

La question de l’environnement fera-t-elle l’objet d’un autre projet à de Gabès ?

Un projet est déjà prévu sur les questions environnementales et des territoires à partir de 2020. Il sera néanmoins différent. D’une part parce qu’il portera sans doute sur un périmètre plus large que la seule région de Gabès. Ensuite, la situation a changé : les élections locales ont permis l’arrivée de nouveaux acteurs qui vont s’emparer de ces questions et qui devront composer avec les associations. L’action de ces dernières pendant le PGE-Gabès les a rendues incontournables pour la suite.

[i] Chargé des projets environnement à la DUE

[ii] MFI, SOHATRAM, SPS, KILANI et SOMATRASM

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